S'installer

Prendre sa retraite en Espagne

Marcel Fichtner · Publié le 29 juillet 2026 · mis à jour le 29 juillet 2026

La plupart de ceux qui s’installent à Majorque connaissent l’île depuis des années de vacances. C’est à la fois la raison pour laquelle cela fonctionne et celle pour laquelle cela échoue parfois : un endroit que l’on connaît en août n’est pas le même en février.

La partie simple

En tant que ressortissant français, vous bénéficiez de la libre circulation dans l’Union. Ni visa, ni titre de séjour au sens classique, ni autorisation pour vous établir ou travailler en Espagne.

C’est une différence de fond avec les acquéreurs britanniques, limités depuis le Brexit à quatre-vingt-dix jours sur cent quatre-vingts. Cela ne vous concerne pas.

Ce qu’il faut néanmoins accomplir

Libre circulation ne veut pas dire absence de formalités. Trois démarches comptent.

Le numéro NIE vous sera de toute façon nécessaire pour tout achat et pour vos obligations fiscales.

Au-delà de trois mois de séjour, l’inscription au registre central des étrangers est prévue — la residencia, délivrée sous forme d’un certificat vert. C’est un enregistrement, non une autorisation : vous justifiez généralement de ressources suffisantes et d’une couverture maladie.

L’empadronamiento est l’inscription auprès de la mairie de votre commune. Elle vous rattache aux services locaux et conditionne de nombreuses démarches. Les communes perçoivent des dotations selon leur population inscrite et se montrent donc coopératives.

Côté français, ce qui ne se fait pas tout seul

C’est la partie que l’on sous-estime, parce que rien n’est automatique.

Signalez votre départ à votre centre des finances publiques. L’année du départ, vous déposez une déclaration particulière couvrant la période de résidence en France, et votre statut bascule ensuite vers celui de non-résident.

Prévenez votre caisse de retraite et l’assurance maladie. Le versement de la pension à l’étranger est une démarche en soi, et la radiation de l’assurance maladie française en est une autre.

Vérifiez vos comptes bancaires. Certains établissements français restreignent les comptes détenus par des non-résidents. Renseignez-vous avant de déclarer le départ, pas après.

Les prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine suivent des règles propres aux non-résidents affiliés à un régime européen — un point technique qui mérite d’être posé à un conseil, parce qu’il se chiffre.

Santé et retraite

Le retraité qui perçoit une pension française relève en principe des règlements européens de coordination : le dossier se traite avec votre caisse d’assurance maladie et la sécurité sociale espagnole, via le formulaire prévu à cet effet.

Qui travaille en Espagne relève de la sécurité sociale espagnole. Qui n’est ni l’un ni l’autre doit souscrire une couverture privée.

La carte européenne d’assurance maladie couvre les séjours, pas la résidence. Une fois installé, elle ne vous couvre plus au quotidien : c’est l’erreur la plus fréquente et la plus lourde de conséquences.

Sur l’île, les grands hôpitaux sont à Palma. Si vous envisagez un village de la Tramuntana ou le nord-est, connaissez le temps de trajet jusqu’aux urgences avant d’en avoir besoin. Beaucoup de résidents conservent en complément une police privée, surtout pour les délais et pour trouver un médecin francophone.

C’est un domaine où l’information générale vaut peu. Réglez-le avant le départ, pas après.

La règle des 183 jours

Au-delà de 183 jours de présence en Espagne sur une année civile, vous êtes en principe considéré comme y ayant votre résidence fiscale, avec pour conséquence que vos revenus mondiaux entrent dans le système espagnol.

Ce seuil est indépendant de votre inscription administrative. On peut devenir résident fiscal sans l’avoir voulu.

La convention fiscale entre la France et l’Espagne répartit le droit d’imposer et évite la double imposition. Comment elle joue dans votre cas dépend de la nature de vos revenus — pension du privé, du public, revenus de capitaux — et ces catégories ne suivent pas les mêmes règles. C’est le point à faire vérifier par un conseil qui connaît les deux systèmes, et à faire vérifier avant de franchir le seuil, pas après.

Le permis, le déménagement, la voiture

Le permis de conduire français est valable comme permis européen. Après installation, un échange ou un enregistrement en Espagne est prévu : une démarche administrative, pas un examen.

Le mobilier circule librement dans l’Union — ni douane ni formalité d’importation, contrairement à ce que rencontrent les acheteurs britanniques.

La voiture doit passer sous plaque espagnole dans un certain délai, ce qui suppose un contrôle technique et une taxe d’immatriculation dont le niveau dépend des émissions. Pour un véhicule ancien, revendre en France et acheter sur place revient souvent moins cher. Hors de Palma, une voiture est en pratique indispensable.

Où sur l’île

Majorque se traverse en quatre-vingt-dix minutes et reste assez contrastée pour que le choix compte vraiment.

Palma offre la vie la plus complète à l’année : les hôpitaux de l’île, des écoles internationales, des restaurants ouverts en janvier et un aéroport à vingt minutes. Pour qui veut une ville, la réponse est évidente.

Le sud-ouest — Andratx, Camp de Mar, Santa Ponsa — est le corridor international établi, bien desservi et proche de Palma.

Les villages de la Tramuntana, dont Sóller, Deià et Valldemossa, offrent les plus belles situations de l’île et le marché le plus étroit. Le massif est classé à l’UNESCO, ce qui limite la construction — et c’est précisément pourquoi les valeurs y tiennent.

Le nord-est et l’est, autour de Pollença, Alcúdia et Artà, sont plus calmes et plus saisonniers. Excellents l’été, réellement silencieux hors saison — ce que certains recherchent et que d’autres découvrent après coup.

L’intérieur, autour de Santa María, Binissalem et Felanitx, est ce que beaucoup choisissent la deuxième année : des villages vivants en hiver, nettement plus de surface pour le même budget, vingt minutes de la côte plutôt que sur la côte.

Le conseil honnête : louez un an avant d’acheter, et passez un mois de février dedans. L’île en hiver est celle où vous vivrez.

Questions fréquentes

Faut-il un visa pour s’installer en Espagne quand on est français ?

Non. La libre circulation dans l’Union s’applique. Au-delà de trois mois, l’inscription au registre des étrangers est prévue ; il s’agit d’un enregistrement, non d’une autorisation.

À partir de quand suis-je imposable en Espagne ?

En principe au-delà de 183 jours de présence sur une année civile, d’autres critères pouvant s’appliquer. Ce seuil est indépendant de votre inscription à la mairie.

Quelle différence entre le NIE et la residencia ?

Le NIE est un numéro d’identification pour les actes fiscaux et juridiques et ne dit rien du séjour. La residencia est l’enregistrement en tant que citoyen de l’Union résidant en Espagne.

Ma pension française sera-t-elle imposée en Espagne ?

Cela dépend de sa nature. La convention franco-espagnole traite différemment les pensions du secteur privé et celles du secteur public, et le résultat varie d’un dossier à l’autre. À faire calculer avant le départ.

La vie est-elle chère à Majorque ?

Le logement dans les zones côtières et de la Tramuntana est valorisé à l’échelle internationale, non locale. Le quotidien reste plus mesuré. L’écart entre les deux est plus marqué ici que sur la péninsule.

Que faut-il déclarer en France au moment du départ ?

Le départ se signale au centre des finances publiques, avec une déclaration particulière l’année du départ. Caisse de retraite et assurance maladie se préviennent séparément, et rien de tout cela ne se fait automatiquement.

La carte européenne d’assurance maladie suffit-elle une fois installé ?

Non. Elle couvre les séjours temporaires, pas la résidence. Un retraité relève des règlements de coordination via sa caisse ; qui travaille en Espagne relève de la sécurité sociale espagnole ; les autres ont besoin d’une couverture privée.

Puis-je garder ma voiture française ?

Elle doit passer sous plaque espagnole dans un certain délai après l’installation, avec contrôle technique et taxe d’immatriculation. Pour un véhicule ancien, revendre en France est souvent plus avantageux.

Sources